À première vue, les nouvelles sont encourageantes. En 2025, le taux d'absentéisme global a légèrement reculé, passant de 10,27 % à 10,20 % des jours de travail perdus. L'absentéisme de courte durée (moins d'un mois) a baissé de 2,13 %, celui de moyenne durée (entre un mois et un an) de 4 %. Ce sont de bonnes nouvelles pour les employeurs, et pour les travailleurs eux-mêmes.

Mais ce recul masque une réalité plus préoccupante : l'absentéisme de longue durée, lui, a encore progressé de 3,47 %. Il représente désormais 3,88 % des jours de travail, contre 3,75 % en 2024. Depuis 2020, cette forme d'absence a bondi de près de 15 %. Le seuil symbolique de 10 % de jours perdus au total reste franchi pour la deuxième année consécutive.
Pour les travailleurs de 50 ans et plus, le rapport Securex dessine un profil spécifique, différent de celui des jeunes générations.
Les travailleurs âgés s'absentent moins fréquemment que leurs collègues plus jeunes. C'est une constante : la fréquence des maladies diminue avec l'âge. Un jeune travailleur sera absent plusieurs fois dans l'année pour des épisodes courts. Un senior, moins souvent, mais potentiellement plus longtemps à chaque épisode.
La bonne nouvelle, c'est que la baisse de l'absentéisme de courte et moyenne durée est justement la plus marquée dans les catégories d'âge les plus élevées. Autrement dit, les seniors ont davantage contribué à l'amélioration des chiffres 2025 que les jeunes travailleurs. Pour l'absentéisme de moyenne durée, la baisse chez les plus âgés est nettement plus prononcée que chez les 25-29 ans, qui eux ont vu leur taux augmenter de 2,16 %.
Là où le tableau se complique, c'est sur la longue durée. La tranche d'âge 50-54 ans enregistre certes la plus forte baisse parmi les absents de longue durée (-5,49 %). Mais c'est précisément parce que ces travailleurs, une fois entrés dans une absence prolongée, ont du mal à en sortir : leur stock de longue durée est structurellement élevé.

La dimension régionale aggrave le constat pour une partie des travailleurs âgés. L'absentéisme de longue durée est le plus élevé en Wallonie, à 5,06 % en 2025, contre 3,68 % en Flandre et 3,79 % à Bruxelles. C'est aussi en Wallonie que la hausse est la plus forte (+3,90 %). Or les seniors wallons sont surreprésentés dans les secteurs à travail physique intense, précisément ceux qui figurent en tête du classement sectoriel de l'absentéisme.
À l'autre bout de l'échelle, la Flandre occidentale affiche le taux d'absentéisme combiné le plus bas du pays (8,86 %), tandis que le Hainaut culmine à 13,49 %. Un écart de près de cinq points qui traduit des réalités de terrain très différentes selon les bassins d'emploi.
Depuis le 1er janvier 2026, les règles de réintégration ont évolué. Un employeur peut désormais entamer un parcours de réintégration formel dès le premier jour d'incapacité, avec l'accord du travailleur. Après huit semaines d'absence, ce parcours devient obligatoire. Pour les travailleurs seniors, cette évolution est à double tranchant : elle ouvre la porte à un retour progressif au travail, avec des aménagements de poste, ce que beaucoup souhaitaient sans en avoir eu la possibilité. Mais elle peut aussi être vécue comme une pression à reprendre avant d'être pleinement rétabli.
Le rapport Securex le dit sobrement : la tendance générale à la hausse de l'absentéisme, amorcée en 2010, ne s'est pas inversée en 2025. La légère amélioration des chiffres de courte et moyenne durée est réelle, mais fragile. Pour les travailleurs âgés, l'enjeu n'est pas de compter les jours perdus. C'est de comprendre pourquoi, quand ils tombent, ils ont de plus en plus de mal à se relever.