La réforme des pensions belge entre dans sa phase opérationnelle. Après des mois de débats parlementaires, de négociations gouvernementales et de mobilisations sociales, le système de bonus-malus pension commence à produire ses premiers effets concrets. 2026 est l'année du bonus. 2027 sera celle du malus. Pour les millions de travailleurs belges qui approchent de la retraite, comprendre ces mécanismes est devenu une nécessité absolue. 

Le nouveau système de bonus-malus pension a été introduit par le gouvernement Arizona pour remplacer l'ancien bonus pension (dit "bonus Lalieux"), supprimé depuis le 1er janvier 2026. L'architecture du nouveau dispositif repose sur une logique simple : travailler plus longtemps sera récompensé, partir plus tôt sera pénalisé. Mais les modalités de calcul sont suffisamment complexes pour dérouter même les spécialistes. 

Le bonus pension

Le bonus pension d'abord. Depuis le 1er janvier 2026, les travailleurs qui continuent à exercer une activité professionnelle au-delà de l'âge légal de la pension — 66 ans en 2026 — commencent à accumuler un bonus. Ce bonus ne sera versé qu'au moment du départ effectif à la retraite, à partir du 1er janvier 2027 au plus tôt. Il prend la forme d'une majoration permanente du montant mensuel de la pension, ce qui représente une amélioration substantielle par rapport à l'ancien système qui versait le bonus en une seule fois. 

Le taux de ce bonus dépend de l'année de naissance du travailleur. Pour ceux nés avant 1962, le bonus est de 2 % du montant mensuel de la pension par année supplémentaire travaillée. Pour ceux nés entre 1963 et 1972, il monte à 4 %. Pour ceux nés après 1973, il atteint 5 %. Ces taux reflètent la logique progressive du système : les générations les plus jeunes bénéficieront d'une incitation plus forte à prolonger leur carrière, en cohérence avec l'allongement de l'espérance de vie. 

Mais pour bénéficier de ce bonus, deux conditions cumulatives doivent être remplies au moment du départ à la retraite.  

  • Première condition : avoir une carrière d'au moins 35 années, dont chacune doit comprendre au moins 156 jours de travail effectif.  
  • Deuxième condition : avoir accumulé au total au moins 7 020 jours de travail effectif sur l'ensemble de la carrière.  

Ces chiffres ont fait couler beaucoup d'encre. 7 020 jours, c'est approximativement 45 ans de travail à mi-temps ou 22,5 ans de travail à temps plein. Selon les simulations du Service fédéral des Pensions, une majorité de travailleurs à temps plein avec une carrière continue remplit ces conditions, mais les personnes ayant travaillé à temps partiel, connu des périodes de maladie ou des interruptions de carrière risquent de ne pas y parvenir. 

Important à noter : contrairement au malus, les jours de maladie ne sont pas comptabilisés comme jours effectifs pour le bonus. Cette asymétrie entre bonus et malus est l'une des principales critiques formulées par les syndicats et les organisations comme Fediplus. 

Le malus pension

Passons maintenant au malus pension. Le malus a été reporté à janvier 2027 — une décision saluée comme une victoire partielle par les syndicats. Il ne s'appliquera donc pas aux pensions prenant cours en 2026. Ceux qui ont prévu de partir à la retraite cette année peuvent souffler. 

Le malus s'applique aux travailleurs qui partent à la retraite avant l'âge légal (66 ans en 2026 et 2027, 67 ans à partir de 2030) et qui ne remplissent pas les deux conditions cumulatives de carrière mentionnées ci-dessus. La réduction est de 2 % du montant mensuel de la pension par année d'anticipation jusqu'en 2030, puis de 4 % jusqu'en 2040, et de 5 % au-delà. Cette progression est conçue pour inciter de plus en plus fortement les travailleurs à rester actifs jusqu'à l'âge légal. 

Pour le calcul du malus, contrairement au bonus, les jours de maladie et les jours assimilés sont pris en compte... Mais pas tous. C'est une concession arrachée lors des négociations de l'automne 2025, notamment grâce à la pression du parti Les Engagés et des syndicats. “Seules les périodes de maladie de longue durée, congé de maternité et congé pour soins ainsi que le chômage temporaire seront prises en compte”, précise Godelieve Pata, experte pensions chez Fediplus. Concrètement, un travailleur qui a connu de longues périodes de maladie ne sera pas pénalisé dans le calcul du malus pour ces jours-là. Cette mesure est particulièrement importante pour les travailleurs qui ont exercé des métiers pénibles et dont la santé se détériore en fin de carrière. C’est la seule concession que Jambon a réalisé sur la question des métiers pénibles, question qui a été, pour le reste, complètement évacuée de la réforme des pensions. 

En pratique, que faire face à ces changements ?

Fediplus recommande à tous les travailleurs belges de consulter leur relevé de carrière sur le site MyPension.be , et de contacter Fediplus afin d’anticiper l'impact éventuel du bonus/malus. Une simulation individuelle par nos experts vous permettra d'estimer le futur montant de votre pension dans différents scénarios de départ. Et pour les cas complexes — carrières mixtes, périodes d'expatriation, statuts multiples —, le recours à un conseiller spécialisé est d’autant plus nécessaire. 

La réforme du bonus-malus est loin d'être parfaite. Mais elle dessine un nouveau paysage dans lequel les choix de fin de carrière ont des conséquences financières directes et durables. S'y préparer avec soin est désormais une priorité absolue.