Le classement international Marsh CFA Institute, publié en octobre 2026, attribue à la Belgique le grade B avec 68,1 points sur 100. Notre système de retraite se distingue par le niveau de ses prestations et par sa gouvernance, mais il pèche par sa durabilité, où nous occupons la 47e place sur 55.
Chaque année, Marsh et le CFA Institute (l'association mondiale des professionnels de l'investissement) comparent les systèmes de retraite de 55 pays dans le Global Pension Index. L'édition 2026 attribue à chaque système une note sur 100 et un grade, de A (le meilleur) à E.
L'intérêt de l'indice tient à sa méthode. Plutôt que de se limiter au montant des pensions, il mesure trois dimensions : l'adéquation (les pensions permettent-elles de vivre correctement ?), la durabilité (le système pourra-t-il tenir face au vieillissement de la population ?) et l'intégrité (le cadre est-il bien régulé, bien géré et transparent pour les affiliés ?). Chaque dimension repose sur des critères précis : le soutien minimum offert aux plus pauvres, le taux de remplacement net (la pension nette rapportée au revenu net d'activité), la couverture des travailleurs par les pensions complémentaires ou encore le niveau des actifs de pension rapporté au PIB.
Pour les responsables politiques comme pour les acteurs du secteur, cet indice sert de point de repère : il situe un pays par rapport aux autres et propose, pour chacun, des pistes d'amélioration. Il se lit toutefois avec recul. Le classement repose sur des critères choisis par ses auteurs et ne reflète pas toute la réalité vécue par les pensionnés. Les notes varient aussi avec la méthode : la baisse de la Belgique cette année (69,2 en 2025, 68,1 en 2026) s'explique principalement par une nouvelle question et une révision des pondérations dans le volet intégrité, ainsi que par un léger recul des actifs de pension par rapport au PIB.
Avec 68,1 points, la Belgique obtient le grade B et la 24e place sur 55. Ce résultat moyen cache des écarts marqués entre les trois dimensions : un A en adéquation (81,1 points, 9e rang), un A en intégrité (84,9 points, 11e rang), mais un D en durabilité (41,2 points, 47e rang). Autrement dit, la Belgique compte parmi les systèmes qui garantissent le mieux le niveau des pensions, mais elle figure parmi les moins bien armés pour tenir dans la durée.
Côté atouts, le rapport juge fort le soutien minimum apporté aux pensionnés les plus pauvres et fort le taux de remplacement net, pour une large palette de revenus. Il juge bonne la couverture des travailleurs par les pensions complémentaires, et fortes la réglementation, la gouvernance, la protection et l'information des affiliés. Le système belge associe une pension légale liée aux revenus, avec un filet de sécurité sous conditions de ressources, à des pensions complémentaires et à une épargne privée, souvent gérée par des assureurs.
Les faiblesses se lisent surtout dans les pistes d'amélioration que le rapport propose (voir plus bas). Le niveau des actifs de pension par rapport au PIB, qui mesure les réserves constituées pour financer les retraites de demain, n'est cité ni parmi les points forts ni parmi les bons points du système belge. Or un système qui repose largement sur la répartition, où les cotisations d'aujourd'hui financent les pensions d'aujourd'hui, est plus exposé au vieillissement qu'un système adossé à d'importantes réserves.
Sur l'indice global, la Belgique (68,1) se glisse entre la France (70,3, 19e) et l'Allemagne (67,9, 25e), à seulement 0,2 point de sa voisine allemande. Les Pays-Bas dominent le classement mondial avec 85,8 points, devant le Danemark (84,1) et l'Islande (84,0). Le Luxembourg ne figure pas parmi les 55 systèmes étudiés.
Sur le niveau des prestations, la Belgique (81,1) devance l'Allemagne (79,8, grade B+) de 1,3 point, mais reste derrière la France (85,0, 3e) et les Pays-Bas (87,7, 2e). Le rapport suggère d'ailleurs à l'Allemagne de relever davantage sa pension minimale pour les retraités à faible revenu, là où la Belgique est déjà jugée forte sur le soutien minimum.
C'est ici que l'écart est le plus net. Avec 41,2 points, la Belgique ferme la marche de ses voisins : la France atteint 49,3 (36e) et l'Allemagne 47,2 (41e), soit un grade D pour tous les trois. Les Pays-Bas font figure d'exception avec 82,6 points (3e rang mondial), soit 41,4 points de plus que nous. Leur système associe une pension publique forfaitaire à des pensions professionnelles quasi obligatoires, liées aux accords sectoriels. Le rapport les juge forts à la fois sur la couverture des salariés et sur le niveau des actifs de pension par rapport au PIB.
Sur la gouvernance, la protection et l'information des affiliés, la Belgique (84,9, 11e) fait mieux que l'Allemagne (78,0, 31e) et la France (76,1, 34e), toutes deux au grade B+. Seuls les Pays-Bas la devancent (87,2, 6e). Le rapport invite d'ailleurs la France à améliorer la communication envers les affiliés et les Pays-Bas à mieux protéger les droits accumulés en cas de fraude.
Pour décrire les forces de chaque système, le rapport s'appuie sur six critères : le soutien minimum aux plus pauvres, le taux de remplacement net, la couverture des salariés par les pensions complémentaires, le niveau des actifs de pension par rapport au PIB, la qualité de la réglementation et de la gouvernance, et enfin la protection et l'information des affiliés. Un critère est qualifié de « fort » à partir de 8 sur 10, et de « bon » avec 6 ou 7 sur 10.
La Belgique est le seul des quatre pays jugé fort à la fois sur la réglementation et sur la protection des affiliés. Sa seule case vide concerne les actifs de pension, un point qu'elle partage avec la France et l'Allemagne : parmi les quatre pays, seuls les Pays-Bas sont qualifiés de forts sur ce critère.
Pour relever sa note globale, le rapport avance quatre pistes :
Ces pistes sont celles des auteurs du rapport. Elles ne constituent pas une prise de position de Fediplus.
Source : Marsh CFA Institute, Global Pension Index 2026, « A brief review of each system », octobre 2026.