Le Global Retirement Index 2026 de Natixis classe 44 pays selon les conditions de vie des retraités. La Belgique gagne une place et atteint 71 %, à douze points de la Norvège. Son handicap : la fiscalité et la dette publique.

Un indice, un objectif, un émetteur

Le Global Retirement Index (GRI) paraît pour la 14e année, signé Natixis Investment Managers, gestionnaire d'actifs d'origine française, avec CoreData Research. Son but : comparer les politiques de retraite pour repérer ce qui fonctionne ailleurs. L'édition 2026, sortie cette semaine, évalue 44 pays (analyse menée de mars à mai 2026) via 18 indicateurs répartis en quatre sous-indices : santé, finances en retraite, bien-être matériel et qualité de vie. Sa thèse de fond : 78 % des investisseurs interrogés dans 21 pays jugent que financer leur retraite leur incombe de plus en plus, contre 67 % il y a dix ans, signe que la confiance dans les systèmes de répartition faiblit de plus en plus. En cause ? Une dette publique trop élevée, qui fait craindre des coupes dans les prestations futures pour garantir l’équilibre budgétaire.

Trois précautions cependant. D’abord, les investisseurs interrogés ci-dessus étaient tous aisés, possédant au moins 100.000$ d’actifs investissables. Ensuite, l'indice ne mesure ni le montant des pensions ni le taux de remplacement : il décrit l'environnement du retraité (budget du retraité, santé, conditions de vie matérielles, et qualité de vie). Enfin, Natixis vend des produits d'investissement : le rapport plaide pour transformer l'épargnant en investisseur, y compris en actifs privés.

La Belgique : correcte, mais pas là où on l'attend

La Belgique remonte du 17e au 16e rang avec un résultat général de 71 %, un score stable sur un an mais inférieur aux 73 % de 2016, quand elle était 15e. Santé (85 %, 15e) et qualité de vie (78 %, 14e) tiennent la route. Le bien-être matériel (66 %, 18e) est contrasté : l'égalité des revenus est 2e mondiale, mais le chômage recule au 31e rang, avec un score en baisse de neuf points, le taux d'emploi restant sous la moyenne européenne. Dans le classement général, la Belgique devance la France de 13 rangs (29e), mais aussi les États-Unis (24e).

Le vrai point faible est le sous-indice « budget des retraités » : la Belgique obtient un score de 59 %, 34e, sa note la plus basse malgré un bond de quatre places. L'inflation y place la Belgique 1re, mais le rapport prévient que la flambée récente de l'énergie pourrait effacer ce gain. La pression fiscale (40e) et la dette publique (37e), quant à elles, pèsent lourd. Les investisseurs belges et luxembourgeois le ressentent : 63 % s'inquiètent des droits de succession, contre 53 % dans le monde.

Source : Natixis Investment Managers / CoreData Research, Global Retirement Index 2026.

Au sommet : Norvège, Irlande, Pays-Bas

La Norvège garde la tête (83 %), devant l'Irlande (81 %), la Suisse et les Pays-Bas (79 %). L'Irlande domine les finances en retraite pour la troisième année, aidée par son rôle de hub des multinationales, qui gonfle le PIB et les comptes publics. Les Pays-Bas signent leur meilleur rang (3e) par la régularité de leurs scores dans trois des quatre indices : les Pays-Bas sont dans le top 10 de trois sous-indices sur quatre (santé 9e, bien-être matériel 5e, qualité de vie 10e, finances 17e). Seules l’Irlande et la Norvège font mieux, figurant dans le top 10 de chacun des sous-indices. Autre signe : 63 % des retraités néerlandais se disent « pleinement épanouis dans leur retraite », record de l'enquête, contre 42 % dans le monde. Chez nos voisins, l'Allemagne est 7e (75 %), le Luxembourg 8e (75 %, premier en santé), le Royaume-Uni 15e (72 %) et la France 29e (64 %), freinée par le chômage et une lourde fiscalité.

Source : Natixis Investment Managers / CoreData Research, Global Retirement Index 2026.

Face à la Norvège, l'écart belge se creuse sur le bien-être matériel (15 points), la qualité de vie (12) et les finances en retraite (11). Face aux Pays-Bas, il tient au bien-être matériel (14 points) et aux finances (8). Aucun rang n'est acquis : la Suisse a vu son indicateur de chômage passer de la 1re à la 21e place en une seule année, sous l'effet des droits de douane américains, d'un franc fort et de nombreuses suppressions d'emplois qui ont suivi la fusion Credit Suisse-UBS, selon le rapport. 

Source : Natixis Investment Managers / CoreData Research, Global Retirement Index 2026.

Le Danemark est l'exemple le plus instructif : 5e (78 %) alors qu'il est dernier de l'indice en pression fiscale et 30e en budget des retraités. Il compense par un marché du travail dynamique (la « flexicurité ») qui la classe sur la plus haute marche du podium en bien-être matériel, avec une gouvernance publique elle aussi classée première.

Au bas de l'échelle

Les six dernières places reviennent à des économies émergentes : Russie, Chine, Brésil, Turquie, Colombie et Inde. L'Inde ferme la marche (9 %), plombée par une santé à 4 %, alors que le score du budget des retraités atteint 65 %. La Colombie (35 %) et la Turquie (39 %) la précèdent. En Europe, la chute la plus rude est celle de la Finlande, dont le score général passe de 66 % à 54 % (35e), à cause d'un chômage devenu le plus élevé de l'indice.

Quelles pistes pour progresser ?

Si le rapport ne formule aucune recommandation propre à la Belgique, il recense les leviers actionnés ailleurs, autour de trois axes. 

  • L'accès à la pension complémentaire : la France impose depuis 2025 aux entreprises de 11 à 49 salariés un dispositif de partage de la valeur, Singapour a couvert les travailleurs de plateformes. 
  • L'automatisation administrative : au Royaume-Uni, l'inscription automatique au deuxième pilier a fait passer la participation de 55 % à 90 %, et l'Irlande a inscrit 763 000 personnes (environ 26 % des Irlandais en âge de travailler) dès le premier mois de son plan de pension complémentaire My Future Fund pour celles et ceux qui n’ont pas d’employeur. 
  • L'adéquation des pensions : la Corée du Sud relève le taux de cotisation obligatoire de sa pension publique de 9 % à 13 % (part salariale et patronale confondues), la France a unifié ses plans dans le PER (12,7 millions de titulaires, 141 milliards d'euros d'encours au troisième trimestre 2025), les Pays-Bas convertissent leurs régimes à prestations définies en régimes de capital d'ici le 1er janvier 2028.
Source : Natixis Investment Managers / CoreData Research, Global Retirement Index 2026.

Preuve qu'on peut grimper : l'Irlande, 25e en 2013, est aujourd'hui 2e, et Singapour est passée de la 38e à la 13e place. Le rapport vante aussi les tableaux de bord nationaux qui ne sont actuellement disponibles que dans 8 pays dont la Belgique. Le danois PensionsInfo agrège plus de 85 prestataires et projette les revenus jusqu'à 90 ans ; en Suède, 95 % des conseillers utilisent MinPension. Mypension.be figure dans le comparatif des huits tableaux de bord de pension, alors qu'elle a suspendu une partie de ses simulations depuis la réforme, avec un retour complet annoncé pour fin 2027. Le rapport souligne qu’un des manquements de MyPension en matière de données est le niveau de l’épargne-pension.

Notre lecture : Les volets fiscaux et la dette publique ne bougeront pas de sitôt, et le Danemark prouve que ce n'est pas rédhibitoire pour obtenir une bonne place dans le classement. Les marges d’amélioration belges sont l'emploi, l'élargissement et l'inscription automatique au deuxième pilier, ainsi qu’un tableau de bord complet et fiable.

‍