Chaque année, ils sont moins nombreux. Les bénéficiaires du taux ménage, ce régime de pension majoré accordé aux retraités dont le conjoint n'a pas de revenus propres et dont le montant est environ 25% plus élevé que celui du taux isolé, étaient 276.635 en 2020. En 2025, ils ne sont plus que 229.773. En cinq ans, leur nombre a reculé de près de 17%, soit une perte de quelque 47.000 bénéficiaires. La tendance est régulière, sans accélération ni pause : environ 9.000 à 10.000 de moins chaque année.

Ce déclin reflète un aspect particulier du vieillissement de la société belge. Les générations qui arrivent aujourd'hui à la retraite sont composées de couples où les deux partenaires ont travaillé, souvent à temps plein, tout au long de leur carrière. Le modèle du foyer à revenu unique (un homme salarié, une femme au foyer) qui a dominé les décennies d'après-guerre s'efface progressivement. Les femmes qui n'avaient pas ou peu de droits propres à la pension disparaissent peu à peu du décompte statistique.

Mais la donnée la plus frappante, c’est bien la courbe de dépenses. Alors que le nombre de bénéficiaires chute, la dépense mensuelle totale reste quasiment stable  (autour de 490 à 500 millions d'euros par mois). La pension mensuelle moyenne par bénéficiaire a bondi de 1.647 euros en 2020 à 2.143 euros en 2025, soit une hausse de près de 30% en cinq ans. Comment l’expliquer ? Partiellement par l’indexation, mais aussi par les bénéficiaires restants ont cotisé durant des carrières généralement plus longues et des salaires de référence plus importants chez les hommes mariés, qui constituent encore 98,5% des bénéficiaires du taux ménage.

Ce glissement progressif pose une question de justice à double dimension (tant intergénérationnelle que genrée) que le gouvernement De Wever devra tôt ou tard trancher : à mesure que le taux ménage s'éteint naturellement, quels mécanismes de solidarité conjugale prendront le relais ?