Entre 1.050 et 1.260 euros versés par an dans son épargne-pension : c'est la zone où épargner davantage rapporte, paradoxalement, une réduction d'impôt inférieure. En 2025, 2.201 contribuables belges sont tombés dans ce piège fiscal, né d'une articulation mal comprise entre les deux plafonds du système. Explication d'un mécanisme technique aux conséquences bien réelles, alors que la dépense fiscale totale du régime atteint un niveau record.
Depuis 2018, la réduction d'impôt pour épargne-pension (troisième pilier) fonctionne sur un système à double plafond. Un épargnant peut verser jusqu'à 1.050 euros par an et obtenir une réduction d'impôt de 30 % (315 euros maximum), ou opter pour le plafond majoré de 1.350 euros, la réduction étant alors ramenée à 25 % (337,50 euros maximum). Ces montants sont gelés jusqu'en 2029.
Mais un piège réside dans un détail technique, souvent ignoré des épargnants : le taux de 25 % s'applique à la totalité du versement, et non à la seule tranche qui dépasse 1.050 euros. Résultat : quelqu'un qui verse 1.200 euros touche 25 % de ce montant, soit 300 euros, quinze euros de moins que s'il s'était arrêté à 1.050 euros. Le seuil réel de rentabilité du plafond majoré se situe donc à 1.260 euros, pas à 1.050 euros comme on pourrait l'imaginer.
L'avertissement officiel n'a pourtant pas suffi à éviter l'écueil : pour l'année de revenus 2025, le SPF Finances recense 2.201 fiches fiscales correspondant à des versements compris entre 1.050 et 1.260 euros, soit autant de contribuables ayant versé plus pour recevoir moins.
Au-delà de ce piège ponctuel, c'est tout le régime qui pèse de plus en plus lourd sur les finances publiques. La dépense fiscale liée à l'épargne-pension est passée de 285,5 millions d'euros pour les revenus 2004 à 653,2 millions d'euros estimés pour les revenus 2025, un niveau record, porté par l'indexation passée des plafonds, la hausse du nombre d'épargnants (plus de 1,8 million de détenteurs de fonds bancaires fin septembre 2025) et la création du second plafond en 2018.
Le nœud du débat est autant fiscal qu'économique. La réduction d'impôt se calcule sur l'ensemble du versement effectué par l'épargnant, frais d'entrée compris. Or, selon les données de la FSMA citées dans une proposition de loi parlementaire, 14 des 21 fonds d'épargne-pension prélèvent des frais d'entrée de 3 %, et les frais d'entrée moyens en assurance branche 21 dépassent 6 %. Quand une institution prélève 3 % à l'entrée, l'État accorde donc 30 % de réduction sur des sommes dont une partie ne sera jamais investie pour la pension de l'épargnant lui-même. À l'échelle du système, les quelque 520 millions d'euros de frais perçus annuellement par le secteur représentent un montant du même ordre de grandeur que la dépense fiscale elle-même.
Ce constat alimente directement le bras de fer, toujours en cours à l'automne 2026, entre le ministre des Finances Jan Jambon (partisan de la concurrence) et le parti Vooruit (partisan d'un plafond légal des frais), un dossier suspendu depuis l'échec du kern de juillet 2026.
La règle pratique à retenir est simple, et mérite d'être largement diffusée auprès des affiliés : s’arrêter à 1.050 euros par an (soit 87,5), ou franchement entre 1.260 euros et 1.350 euros (soit un maximum de 112,5€), jamais entre les deux. Pour qui vise le plafond majoré, encore faut-il confirmer ce choix explicitement chaque année auprès de sa banque ou de son assureur, faute de quoi l'excédent est simplement remboursé. Autre réflexe à encourager : comparer les frais d'entrée et de gestion avec la même rigueur que les rendements affichés. Sur plusieurs décennies, l'écart pèse souvent plus lourd que la performance elle-même.