La transition vers le nouveau système de pension des Pays-Bas est pleinement en cours. Au 1er janvier 2026, plus de la moitié de l’ensemble des travailleurs et des pensionnés ont vu leur pension basculer vers le nouveau système, représentant un patrimoine total de plus de 500 milliards d’euros sur les 1600 milliards gérés par les fonds de pension. Retour sur l’ancien et le nouveau système.
Aux Pays-Bas, vous êtes assuré en vertu de la loi générale sur les pensions de vieillesse (AOW) si vous résidez ou travaillez aux Pays-Bas, mais il existe certaines exceptions (travailleurs détachés notamment). Toutes les personnes atteignant l'âge de la retraite obligatoire peuvent bénéficier d’une prestation de l'AOW (revenu de base). On l’appelle également la pension du premier pilier. Le second pilier est obligatoire, et couvre près de 90% des travailleurs. Il est financé par les employeurs, qui versent une cotisation permettant aux employés de toucher une allocation supplémentaire, dépendant de la performance des fonds de pension qui les versent. Pour une carrière de 40 ans, l'objectif visé par ce système est un taux de remplacement du dernier salaire de l'ordre de 70 % (contre environ 67% en Belgique selon l’OCDE), y compris la pension servie par le régime de base. Les Pays-Bas comptent environ 80 fonds de pension par branche professionnelle, auxquels il faut rajouter les 11 fonds de pension professionnels couvrant les membres des professions libérales.
L'âge légal de la retraite s’est établi à 66 ans et 7 mois en 2022, à 66 ans et 10 mois en 2023 et à 67 ans en 2024 et 2025.
Mais à partir de janvier 2026, l’âge légal de la pension sera uniquement relevé si l’espérance de vie continue d’augmenter. L’AOW reste maintenue, mais c’est le second pilier qui change. Entrée en vigueur en 2023, prévoyant une transition jusqu’en 2028, la WtP (Wet toekomst pensioenen) remplace l’ancien système (doorsneepremie) par des régimes à cotisations définies. La cotisation payée par l’employeur est versée dans un fonds de pension qui l'investit sur le marché économique : les rendements fluctuent donc, tout comme les prestations de ce second pilier. La différence avec l’ancien système ? Les cotisations sont plus justes pour les jeunes travailleurs, ce qui n’était pas le cas sous l’ancien système : les jeunes payaient bien plus que les travailleurs âgés.
De plus, le risque est réparti de manière égalitaire entre les travailleurs. Comme le soulignait la Pensioenfederatie (la fédération néerlandaise des fonds de pension), les fonds “sont légalement tenus de tenir compte des préférences de risque des participants, ainsi que des risques de durabilité — tels que le changement climatique — susceptibles d’influencer la performance financière des entreprises”. Chacun peut donc définir le degré de risque selon ses préférences, principalement en choisissant entre le régime de cotisation solidaire (SPR, qui propose une réserve de solidarité commune qui sert de tampon pour absorber les chocs économiques) et le régime de cotisation flexible (FPR, plus risqué mais proposant plus de rendement). Chacun de ces régimes propose des réglages spécifiques pour répondre aux préférences des citoyens. En résumé, les cotisations de pension restent donc collectivement investies, mais chaque citoyen disposera d’un compte individuel de pension reflétant sa part, pour plus de transparence.
Pour autant, les droits acquis ne disparaissent pas. Ils sont progressivement transférés dans le nouveau système via un processus appelé invaren… d’où la période de transition. La loi néerlandaise exige que cette conversion soit équilibrée : la valeur de départ dans votre nouveau compte doit correspondre à ce que vous avez déjà accumulé. Les plans de transition de l’ancien au nouveau système doivent être élaborés avec les représentants des salariés (syndicats ou comité d’entreprise) et approuvés par les conseils des fonds de pension, composés de représentants des employeurs, des salariés et souvent des retraités.
Si la transition est en marche, elle n’est pas sans défis. Dans un communiqué publié en janvier, la Pensioenfederatie présente les avancées de la transition, ainsi que les problèmes qu’elle rencontre. Tout d’abord, elle souligne la nécessité de maintenir la participation de tous les acteurs, le temps d’adapter les systèmes informatiques. Pas question de modifier brutalement les règles en cours de route, ce qui retarderait la transition. Ensuite, elle demande des politiques stables et prévisibles. C’est à cette condition que tous les fonds de pension pourront assurer une transition réussie pour leurs participants. Enfin, la Pensioenfederatie appelle à continuer d’améliorer la communication et la transparence en matière de pensions, car “il est également important de proposer une information hiérarchisée : d’un message clé synthétique à des explications plus approfondies pour ceux qui le souhaitent.” C’est à ce prix, estime-t-elle, que les fonds de pension pourront œuvrer à une pension solide pour aujourd’hui et pour demain, dans un monde qui reste sain et vivable.