Le premier déterminant de l'écart est mécanique : les femmes travaillent moins longtemps, en équivalent temps plein, que les hommes. Résultat, l'écart de pension fond à mesure que les carrières des femmes s'allongent. Il tombe à 8 % pour les pensionnés ayant entre 35 et 39 ans de carrière, contre 13 % pour ceux dont la carrière ne dépasse pas 14 ans. Or les carrières longues restent une réalité masculine : 27 % des hommes nouvellement retraités en 2024 ont travaillé entre 35 et 39 ans, contre 12 % des femmes. À l'inverse, 9 % des femmes affichent une carrière de 10 à 14 ans, contre 4 % des hommes.
Ce n'est pas une fatalité biologique. C'est le reflet d'interruptions de carrière liées aux responsabilités familiales, de recours plus fréquent au temps partiel, et d'une concentration féminine dans des secteurs historiquement moins couverts par les pensions complémentaires.
Si la pension légale affiche un écart de 18 %, soit 403 euros de moins par mois en moyenne pour les femmes, c'est sur le deuxième pilier que la situation se dégrade le plus nettement. Les hommes perçoivent à la retraite un capital complémentaire deux fois supérieur à celui des femmes. Et encore faut-il avoir accès à ce capital : seulement 51 % des femmes récemment retraitées bénéficient d'une pension complémentaire, contre 69 % des hommes.
Le régime de pension joue également un rôle significatif. Les fonctionnaires s'en sortent mieux : l'écart de pension entre hommes et femmes, à carrière égale, n'est que de 13 % pour les femmes ayant fait carrière dans le secteur public. Il grimpe à 27 % pour les salariées et à 26 % pour celles ayant combiné salariat et statut d’indépendant. Une illustration supplémentaire du fait que le deuxième pilier, là où il est le moins développé et le moins obligatoire, pénalise davantage les femmes.
Les conséquences concrètes de ces inégalités sont sans appel. Près d'une femme sur cinq perçoit une pension légale inférieure à 1.000 euros par mois, contre un homme sur dix. Un tiers des femmes bénéficient de la pension minimum, contre un quart des hommes. La pension minimum est un filet de sécurité nécessaire… mais elle ne saurait constituer un horizon.
Ces chiffres rappellent avec force pourquoi l'élargissement du deuxième pilier, débattu à Bruxelles comme à Vienne, n'est pas qu'une question de rendement ou de politique d'investissement. C'est aussi une question d'équité. Un système de pension complémentaire qui couvre 69 % des hommes et seulement 51 % des femmes perpétue et amplifie les inégalités du marché du travail jusque dans la vieillesse. Réformer le deuxième pilier sans corriger ce biais structurel, ce serait passer à côté de l'essentiel. C’est pourquoi Fediplus milite pour transformer ce régime en régime obligatoire pour tous les salariés, avec une participation minimale de 6% du salaire brut.