À partir de 2026, le paysage fiscal des successions et des donations se redessine progressivement dans les trois Régions du pays. Certaines réformes sont déjà entrées en vigueur, d’autres sont annoncées à plus long terme. Toutes ont un point commun : elles modifient sensiblement la manière dont le patrimoine est transmis, parfois au bénéfice des héritiers, parfois au prix d’une vigilance accrue. Pour les couples, les célibataires sans enfants ou les personnes souhaitant anticiper leur succession, ces nouvelles règles ouvrent de véritables leviers d’optimisation… à condition d’en maîtriser les contours.

Wallonie : une réforme d’ampleur… reportée à 2028

En Wallonie, la réforme la plus ambitieuse est bel et bien actée. Adoptée fin 2024, elle entrera toutefois en vigueur seulement au 1er janvier 2028. Son ambition est claire : alléger fortement la pression fiscale sur les transmissions patrimoniales.

Des droits de succession divisés par deux

Les taux maximaux applicables aux successions seront drastiquement réduits :

  • Entre parents et enfants : le taux plafond tombera de 30 % à 15 %.

  • Entre personnes sans lien de parenté : il passera de 80 % à 40 %.

Une baisse spectaculaire, qui pourrait transformer radicalement la facture fiscale pour de nombreux héritiers.

Des donations immobilières beaucoup moins taxées

Même logique pour les donations d’immeubles. En ligne directe, le taux maximal d’enregistrement passera de 27 % à 14 %, réduisant fortement le coût fiscal d’une transmission anticipée.

Une réforme plus attentive aux réalités familiales

Le texte prévoit également plusieurs ajustements visant à mieux refléter la diversité des structures familiales :

  • assimilation des petits-enfants du conjoint survivant aux petits-enfants du défunt,

  • reconnaissance des enfants placés en famille d’accueil au même titre que les enfants biologiques,

  • introduction d’un forfait automatique couvrant les frais funéraires et certaines dettes successorales.

Une exonération plus souple pour le logement familial

La condition actuelle imposant au défunt d’avoir résidé au moins cinq ans dans le logement sera supprimée. Le partenaire survivant pourra ainsi bénéficier de l’exonération sur la résidence principale, même si cette durée n’est pas atteinte.

Cette réforme, d’envergure, ne produira ses effets qu’à partir de 2028. D’ici là, les règles actuelles continuent de s’appliquer.

Bruxelles : cinq ans de vigilance pour les donations non enregistrées

À Bruxelles, le changement est plus discret, mais ses implications sont majeures pour les stratégies patrimoniales.

Une période « suspecte » portée à cinq ans

Depuis le 1er janvier 2026, la Région bruxelloise a allongé de trois à cinq ans le délai pendant lequel une donation non enregistrée peut être réintégrée dans la succession si le donateur décède.

Concrètement, une donation manuelle ou par virement bancaire reste exonérée de droits de donation… à condition que le donateur survive au moins cinq ans après l’opération. À défaut, le montant transmis est réintégré dans la succession et taxé comme tel.

Une harmonisation régionale

Bruxelles s’aligne ainsi sur les deux autres Régions :

  • Flandre : délai porté à cinq ans depuis le 1er janvier 2025,

  • Wallonie : depuis le 1er janvier 2022.

Les donations réalisées avant ces dates restent soumises à l’ancien délai de trois ans.

Résultat : la prudence devient essentielle pour toute transmission non enregistrée. Le facteur temps prend désormais une importance stratégique.

Flandre : partenaires mieux protégés, célibataires favorisés

C’est en Flandre que les nouveautés les plus concrètes s’appliquent dès 2026, avec un double objectif : renforcer la protection du partenaire survivant et offrir une marge de manœuvre fiscale inédite aux célibataires sans enfants.

Une exonération élargie pour le partenaire survivant

Le plafond d’exonération sur les biens mobiliers hérités par le partenaire survivant passe de 50.000 à 75.000 euros.

Illustration : un couple marié ou cohabitant légal possède une maison de 400.000 euros et 200.000 euros d’épargne. Au décès de l’un des conjoints, le survivant hérite de la moitié du patrimoine commun.

  • La résidence principale reste totalement exonérée.

  • Sur les 100.000 euros de biens mobiliers hérités, seuls 25.000 euros seront désormais taxés.

La facture fiscale tombe ainsi à 2.250 euros, contre un montant nettement plus élevé auparavant.

Sont assimilés aux partenaires en Flandre :

  • les couples mariés,

  • les cohabitants légaux,

  • les cohabitants de fait depuis au moins un an (ou trois ans pour les biens immobiliers).

Une avancée majeure pour les célibataires sans enfants

C’est sans doute la mesure la plus marquante : les célibataires sans enfants peuvent désormais transmettre jusqu’à 100.000 euros à la personne de leur choix au tarif préférentiel de la ligne directe.

Les conditions sont strictes :

  • ne pas être marié ni cohabitant (légal ou de fait depuis au moins un an),

  • ne pas avoir d’enfants,

  • rédiger un testament prévoyant explicitement l’application de ce régime.

Les droits applicables sont particulièrement modérés :

  • 3 % sur les premiers 50.000 euros,

  • 9 % sur la tranche suivante jusqu’à 100.000 euros.

Exemple : une célibataire lègue 100.000 euros à sa filleule. La facture fiscale s’élève à 6.000 euros, contre 40.500 euros sous l’ancien régime. L’économie dépasse 34.000 euros.

Ce mécanisme ouvre également des perspectives intéressantes pour les frères, sœurs, neveux et nièces, traditionnellement soumis à une fiscalité très lourde.

À noter : l’ancien régime de « l’héritage entre amis » est supprimé. Il ne subsiste que pour les testaments rédigés avant le 1er janvier 2026.

Ce qu’il faut retenir

L’année 2026 marque un tournant discret mais décisif dans la fiscalité des transmissions patrimoniales en Belgique.

  • Les donations non enregistrées exigent désormais une prudence accrue.

  • Les célibataires sans enfants en Flandre disposent d’un nouvel outil fiscal puissant.

  • Les réformes wallonnes à venir annoncent une baisse structurelle de la pression fiscale.

  • Un testament bien rédigé peut permettre d’économiser plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Dans un environnement réglementaire devenu plus complexe et régionalisé, la transmission du patrimoine ne s’improvise plus. Un rendez-vous avec votre notaire s’impose !