Le gouvernement De Wever relève progressivement la barre. À partir du 1er janvier 2027, une année de carrière ne comptera plus pour la pension anticipée si elle totalise moins de 156 jours de travail effectif ou assimilés. Aujourd'hui, le seuil est à 104 jours. Cela ne semble être qu'une ligne technique dans un texte réglementaire. C'est en réalité un changement important pour des milliers de travailleurs.

Qui est visé ?

Le travailleur à temps partiel, d'abord. Celui ou celle qui a consacré des années à un mi-temps, à une carrière hachée, à des périodes d'interruption de carrière. Pour ces profils, une année sous les 156 jours disparaît du compteur. Conséquence : la date de pension la plus proche recule, parfois d'un an, parfois de deux.

Le mécanisme est arithmétique, mais l'impact est humain. Une travailleuse de 61 ans aujourd'hui, née en 1964, qui misait sur une pension à 63 ans en 2027, pourrait se retrouver à devoir attendre 64 ans, voire plus. La mesure transitoire prévue pour les personnes nées avant 1966 limite le report à un an au maximum. Pour celles nées en 1966, le plafond est de deux ans. Un garde-fou partiel, mais un garde-fou quand même.

Un correctif limité

Le gouvernement a prévu une "réserve" de cinq jours sur l’entièreté de la carrière. Lorsqu'une année de carrière manque de peu les 156 jours requis, ces jours peuvent venir compléter jusqu'à cinq années, à raison d'un jour par an ou de cinq jours concentrés sur une seule année. Le Service fédéral des Pensions applique ce correctif automatiquement, dans la configuration la plus favorable au travailleur.

C'est utile. Mais insuffisant pour les carrières les plus fragmentées. Le Service fédéral des Pensions lui-même illustre la limite avec deux exemples qui se répondent.

Rita et Jean ont tous les deux 40 années de carrière validées et visent une pension à 63 ans en 2028, ce qui exige 42 années de 156 jours. Il leur en manque deux. Rita a une année à 153 jours et une à 154 jours : ses 5 jours de réserve suffisent tout juste (3 jours pour la première, 2 pour la seconde). Elle part à 63 ans. Jean, lui, a une année à 152 jours et une à 153 jours : après avoir complété l'année à 153 jours (3 jours utilisés), il ne lui reste que 2 jours pour l'année à 152… ce qui donne 154 jours, pas 156. Sa réserve est épuisée, l'année ne compte pas. Jean devra attendre.

Ce que cela change vraiment

Il faut mesurer ce que ce relèvement implique concrètement. Aujourd'hui, 104 jours par an suffisent : c'est environ deux jours de travail par semaine, soit un peu moins d’un mi-temps. Demain, il en faudra 156 : c'est deux jours et demi par semaine..

Pour un travailleur qui preste quatre jours sur cinq, la barre est franchie sans difficulté : il cumule 250 jours par an. Pour un mi-temps strict, en revanche, le compte sera à peine bon : avec 156 jours par an, vous frisez avec la limite : et n’avez droit qu’à cinq jours de réserve. Une fois ces jours de réserve épuisés, ces années-là disparaîtront du compteur, pour le calcul de la pension anticipée. Notons cependant que ces 156 jours incluent les jours assimilés (chômage, maladie, crédit-temps, interruption de carrière avec allocations, service militaire, congé de naissance et repos d’accouchement).

Selon l’Echo, le gouvernement examine encore si une correction spécifique doit être prévue pour certains travailleurs à mi-temps. Ce "encore" en dit long sur l'état d'avancement de la mesure. La publication au Moniteur belge n'a pas encore eu lieu. Le chantier reste ouvert.

Anticiper, maintenant

Les travailleurs approchant de la cinquantaine, en particulier ceux ayant exercé à temps partiel, ont intérêt à simuler leur date de pension dès aujourd'hui. Le SF Pensions propose d’utiliser MyPension.be. Un conseil RH ou syndical peut être décisif pour identifier les années à risque et, le cas échéant, ajuster les modalités de travail à temps restant. Besoin d’aide ? Fediplus est à vos côtés. Nos experts peuvent vous aider dans toutes les matières liées aux pensions.

Ce qui ne change pas, au moins, mérite d'être dit : l'âge légal de la pension reste fixé à 66 ans (67 ans en 2030), et les conditions de carrière pour accéder à la pension anticipée demeurent inchangées dans leur principe. Ce qui change, c'est la définition même de ce qui compte comme année de carrière.